La mouche du haricot - comment reconnaître, prévenir et gérer ce ravageur commun des légumineuses

Adulte de la mouche du haricot qui a récemment ravagé les cultures au Kenya

Grâce au mécanisme de retour d'information proposé sur le Portail de Bioprotection, le CABI a découvert récemment que les producteurs du Kenya rencontrent des problèmes liés à la mouche du haricot (Ophiomyia spp.). Nous avons rédigé cet article pour vous aider à reconnaître cette espèce, à prévenir sa prolifération et à la gérer efficacement lorsque les dégâts atteignent le seuil de nuisibilité.

La mouche du haricot étant connue dans le monde entier, cette notice d’information sera utile non seulement aux producteurs du Kenya mais également à ceux d’autres pays affectés par ce ravageur.

Comment identifier la mouche du haricot ?

Communément appelée mouche du haricot ou mouche de la tige du haricot, ce ravageur appartient au genre Ophiomyia spp..  Il comprend trois espèces dont les noms scientifiques sont O. phaseoliO. spencerella et O. centrosematis.

La mouche du haricot est une petite mouche brillante, de couleur noir bleuâtre métallique d'environ 2 mm de long avec des ailes translucides. Les larves sont de couleur jaune blanc et atteignent 3 mm de long. Les pupes sont en forme de tonneau et ont une longueur de 2 à 3 mm. Elles sont d'abord jaunes avec des extrémités de couleur foncée avant de devenir brun foncé (O. phaseoli), noir brillant (O. spencerella) ou rouge orange (O. centrosematis).

Quelles plantes sont attaquées par la mouche du haricot?

Les larves de cette petite mouche noir bleuâtre s'attaquent aux tiges et aux feuilles des légumineuses, dont le haricot commun Phaseolus vulgaris).

O. phaseoli est l’espèce la plus dévastatrice de ce groupe car elle attaque un large éventail de légumineuses (famille des Fabacées) dont le haricot commun (Phaseolus vulgaris), le soja (Glycine max) et le niébé Vigna unguiculate).  O. spencerella attaque également le haricot commun (P. vulgaris) ainsi que le haricot riz (Vigna umbellate), le haricot de Lima (Phaseolus lunataus) et d'autres Fabacées. O. centrosematis possède également une large gamme d'hôtes, dont le haricot commun (P. vulgaris), le pois papillon (ou butterfly pea) (Centrosema pubescens) et le niébé (V. unguiculata).

Pupes de la mouche du haricot © CABI

Quels sont les dégâts causés par la mouche du haricot ?

Les premiers dégâts apparaissent à la surface des feuilles avec de petites zones jaune pâle dues à l'alimentation des adultes et à la ponte. Une forte infestation peut entraîner la chute des feuilles.

Les larves fraîchement écloses creusent des galeries dans les feuilles pour se nourrir. Les dégâts principaux sont occasionnés lorsque les larves en développement creusent une galerie dans la tige, jusqu’à sa base. Cette action peut provoquer un renflement et une fissure de la tige. La plante peut flétrir et mourir lors d’attaques sévères. La croissance et le rendement seront réduits lorsque la plante survit. La plante peut produire des racines adventives (racines se formant à partir de tissus non racinaires) pour compenser les dégâts. La perte de rendement peut aller jusqu'à 100 %.

Quel est le cycle de vie de la mouche du haricot?

Le cycle de vie de la mouche du haricot comprend quatre stades de développement : œuf, larve, pupe et adulte.

O. phaseoli pond ses œufs sur la surface supérieure ou inférieure de la feuille, souvent près de la nervure médiane, à proximité du pétiole. Elle pond en moyenne 100 œufs au cours de sa vie. L’incubation dure de 2 à 4 jours.  O. spencerella et O. centrosematis pondent leurs œufs dans l'hypocotyle (tige de la plantule en germination), rarement dans les feuilles.

Les larves creusent des galeries d'alimentation sous l'épiderme de la feuille et dans la tige. Le développement larvaire (qui comprend trois stades) peut durer de 8 à 10 jours selon la température (jusqu'à 11 jours pour O. centrosematis.

Les pupes se forment dans les galeries d'alimentation des tiges. La durée de la nymphose varie de 7 à 20 jours selon les conditions. L'accouplement commence 2 à 3 jours après l’éclosion des adultes.

Galerie larvaire de O. phaseoli dans des feuilles de haricot © CABI

Comment surveiller la mouche du haricot ?

Les tiges et les feuilles des plantules doivent être inspectées deux fois par semaine pour observer les points suivants :

  • Traces translucides de ponte sur les feuilles
  • Galeries de broutage larvaire dans les feuilles, les pétioles et les tiges
  • Renflement et fissure de la tige, à la base en particulier
  • Présence de pupes dans les tiges
  • Présence de mouches adultes

Des mesures de lutte directe doivent être entreprises lorsque le taux d’infestation des plantes atteint 5 à 10%.

Comment lutter contre la mouche du haricot?

La lutte contre la mouche du haricot passe par la prévention et la lutte directe. Les méthodes de lutte non-chimique comprennent:

  • La plantation précoce
  • Le paillage
  • L'application d'engrais
  • La rotation des cultures avec des cultures qui ne sont pas attaquées par la mouche du haricot
  • Les cultures intercalaires (avec du maïs)
  • Éviter de planter à proximité d'autres cultures de légumineuses hôtes de la mouche du haricot
  • Éliminer les mauvaises herbes et les repousses de culture
  • Enlever et détruire les résidus de culture et toutes les parties de la plante présentant des symptômes de dégâts causés par cette mouche
  • Former une butte de terre (buttage) autour des plantes afin de couvrir les racines 2 à 3 semaines après la levée de la culture
  • Utiliser des variétés résistantes
  • Utiliser des pièges collants pour attraper les mouches adultes

D'autres méthodes de lutte biologique directe sont également disponibles. Pour plus d’informations, rendez-vous sur : www.bioprotectionportal.com

La lutte directe peut également inclure des pesticides conventionnels (systémiques). Vérifiez la disponibilité locale de ces pesticides.

De plus amples informations sur la mouche du haricot, sa distribution, son cycle de vie et sa gestion sont disponibles sur Plantwise Knowledge Bank, Infonet biovision, Plantix, Business Queensland et dans un récent article de synthèse de Nkhata et al. (2018)

Larves de la mouche du haricot sur feuilles de soja. © CABI