La lutte biologique n'est plus une approche marginale de la gestion des ravageurs. Face aux défis croissants posés par la résistance aux pesticides, les exigences en matière de résidus, les préoccupations environnementales et l'évolution des attentes du marché, les produits de bioprotection deviennent un élément de plus en plus important d'une production agricole durable.

Lors d'un récent webinaire du CABI et du Tropical Fruits Network International (TFNet) sur le développement de la lutte biologique en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique, des experts du Centre de recherche agricole (ARC), du ministère fédéral de l'Agriculture et de l'Irrigation du Soudan, de l'Université du Roi Faisal et de l'Association Asie-Pacifique des institutions de recherche agricole (APAARI) ont partagé leurs expériences pratiques sur les conditions nécessaires pour transformer la lutte biologique, d'un concept prometteur, en une réalité applicable à grande échelle dans des pays comme l'Inde, le Soudan du Sud, la Malaisie et l'Arabie saoudite.
Les discussions ont permis de dégager plusieurs enseignements clairs concernant le développement à grande échelle de la lutte biologique, que les agriculteurs, les conseillers, les chercheurs et les décideurs politiques peuvent appliquer dès aujourd'hui.
La lutte biologique est plus efficace lorsqu'elle s'inscrit dans une stratégie de gestion intégrée des ravageurs (GIR).
L'un des thèmes récurrents du webinaire était que les méthodes de lutte biologique sont plus efficaces lorsqu'elles sont utilisées dans le cadre de programmes de gestion intégrée des ravageurs (GIR) qui combinent surveillance, prévention, méthodes de lutte culturales et interventions ciblées.
Les programmes de lutte intégrée efficaces reposent sur la compréhension du cycle de vie des ravageurs, la surveillance de leurs populations et l'application de mesures correctives uniquement lorsque cela s'avère nécessaire. Cette approche contribue à préserver les organismes bénéfiques, à réduire l'utilisation inutile de pesticides et à améliorer les résultats de la gestion des ravageurs à long terme.
Pour les agriculteurs, le message clé du Dr Malvika Choudhary est le suivant : les produits de bioprotection offrent le plus grand avantage lorsqu’ils sont utilisés dans le cadre d’une stratégie globale de protection des cultures plutôt que comme solution isolée.
Des informations fiables sont essentielles à l'adoption
L'un des défis récurrents pour encourager les agriculteurs et les conseillers à adopter ou à promouvoir des solutions de lutte biologique est de savoir quels produits sont disponibles, appropriés et légalement homologués.
Le CABI BioProtection Portal Ce service relève ce défi en fournissant des informations sur les produits de bioprotection homologués par pays, culture et/ou ravageur. La disponibilité immédiate d'informations fiables permet aux utilisateurs d'identifier plus rapidement les produits adaptés et de prendre des décisions éclairées en matière de gestion des ravageurs.
La surveillance donne souvent de meilleurs résultats que la pulvérisation régulière.
L'une des études de cas les plus marquantes présentées lors du webinaire par le Dr Sivapragasam Annamalai, associé du CABI, portait sur gestion de la teigne du chou dans la production de choux en Malaisie.
Au lieu de pulvériser selon un calendrier fixe, les agriculteurs ont été incités à adapter leurs traitements à la pression réelle des ravageurs. Associée à l'utilisation d'ennemis naturels, cette approche a permis de réduire la dépendance aux insecticides et de lutter contre les problèmes de résistance. L'étude de cas a démontré qu'une surveillance régulière des ravageurs et l'utilisation de seuils économiques (lorsque le coût des dommages causés par les ravageurs devient supérieur au coût de leur contrôle) peuvent réduire considérablement l'utilisation inutile de pesticides tout en maintenant une lutte efficace.
Les insectes bénéfiques sont de précieux partenaires pour la protection des cultures.
Le webinaire a mis en lumière plusieurs exemples où les ennemis naturels ont joué un rôle central dans la réussite des programmes de lutte antiparasitaire. Les parasitoïdes et autres organismes bénéfiques peuvent limiter naturellement les populations de ravageurs, réduisant ainsi le besoin d'applications chimiques répétées.
Cependant, les insectes bénéfiques ne peuvent être pleinement utiles que si les pratiques agricoles favorisent leur survie. L'utilisation excessive de pesticides à large spectre peut perturber ces mécanismes de régulation naturels et rendre les problèmes de ravageurs plus difficiles à gérer à long terme.
La protection et la conservation des espèces bénéfiques doivent donc être considérées comme une composante importante et un avantage final de la protection durable des cultures.
La formation des agriculteurs demeure essentielle
La discussion a confirmé que l'accès aux produits à lui seul ne suffit pas à favoriser leur adoption. Les agriculteurs ont besoin de connaissances pratiques, de confiance et de soutien pour mettre en œuvre avec succès des stratégies de lutte biologique.

Les écoles pratiques d'agriculture, les parcelles de démonstration, les programmes de vulgarisation et l'apprentissage entre pairs jouent tous un rôle important pour aider les agriculteurs à comprendre le fonctionnement des produits de lutte biologique et leur intégration dans les systèmes de production existants.
Dans de nombreux cas, constater des résultats positifs dans un contexte local demeure l'un des moyens les plus efficaces d'encourager une adoption plus large. Le portail soutient cette approche en documentant Études de cas de lutte biologique réussie par des agriculteurs du monde entier sur son site web.
Les petits pas peuvent mener à de grands changements
Un autre point essentiel résumé par le Dr Dorothy Chandrabalan, de TFNET, est que la lutte biologique ne nécessite pas toujours de technologies complexes ni d'investissements importants. Les petits exploitants agricoles peuvent commencer par des solutions accessibles comme les biopesticides microbiens ou les produits à base de plantes et étendre progressivement leur utilisation de la lutte biologique.
Commencer par des interventions simples permet aux agriculteurs d'acquérir de l'expérience, de renforcer leur confiance et d'évaluer les résultats avant d'apporter des changements plus importants à leurs programmes de protection des cultures.
Cette approche progressive peut rendre la lutte biologique plus accessible aux agriculteurs opérant dans une grande variété de systèmes de production.
La demande du marché est le moteur du changement
L'intérêt croissant des consommateurs pour les aliments produits de manière durable, les exigences accrues des exportateurs et des détaillants en matière de résidus de pesticides, les évolutions réglementaires et les problèmes de résistance aux pesticides créent de nouvelles opportunités pour le développement de la lutte biologique. Les docteurs Malvika Choudhary et Sivapragasam Annamalai ont tous deux souligné comment la bioprotection peut aider les agriculteurs à répondre aux attentes du marché tout en contribuant aux objectifs environnementaux et de développement durable.
Face à l'évolution constante des pressions du marché, les agriculteurs qui intègrent la lutte biologique dans leurs programmes de gestion des ravageurs seront mieux placés pour accéder aux marchés à forte valeur ajoutée et satisfaire aux futures exigences de conformité.
Conclusion
L’adoption efficace dépend de trois facteurs clés : l’accès à une information fiable, un soutien solide des agriculteurs et des résultats concrets sur le terrain.
Que ce soit par une meilleure surveillance des ravageurs, la conservation des insectes bénéfiques, la formation des agriculteurs ou l'utilisation de ressources fiables telles que… CABI BioProtection PortalLa voie vers une adoption plus large se dessine de plus en plus clairement. Alors que de plus en plus d'agriculteurs recherchent des solutions durables pour la protection des cultures, ces mesures concrètes offrent une feuille de route pour généraliser la lutte biologique à l'échelle mondiale et bâtir un avenir agricole plus résilient.
Regarder maintenant
Pour en savoir plus, visionnez l'enregistrement du webinaire intitulé « Promouvoir la sensibilisation et l'utilisation de la lutte biologique en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique ».